Le témoignage de Dorine: Il faut du temps au temps

Note de l’équipe de rédaction: ATTENTION, ce témoignage aborde le sujet très délicat des violences faites aux femmes, lecteurs sensibles s’abstenir!

J’ai choisi ce titre pour mon témoignage car certaines blessures de l’âme et du corps demandent du temps et de la patience.

Je me présente je m’appelle Dorine j’ai 30 ans et je suis aide-soignante. J’aimerai faire court pour ne pas vous infliger un pavé mais difficile de résumer une vie de 30 années en deux lignes. Enfant unique j’étais une personne réservée, timide, introvertie, stressée et angoissée.

Mon enfance en demi-teinte :

Surprotégée par ma mère à sa façon, délaissée de mon père qui était très préoccupé par le fait d’être hypocondriaque… ah si pardon il me faisait rattraper mon retard à l’école et souvent à bout de nerfs me lâchait de la violence verbale « T’es bonne à rien tu finiras par faire la pute sur le trottoir » whaoo entendre ça à sept ans… ça aide pas, mais pas du tout. 

Le début du chaos ou peut-être pas :

Bref on avance  un peu dans le temps on arrive à mes 10 ans environ, prof de math particulier à la maison, je n’avais pas trop de concentration, jambe qui bouge un peu, un peu trop … quoi de mieux que ton prof qui met sa main sur ta cuisse et remonte légèrement sur une zone où il devrait pas. Tu expliques ça a tes parents, tu passes pour une menteuse et bam tu te coltines le prof de math particulier jusqu’à la fin de l’année. On avance encore un peu dans le temps le collège période impitoyable où tu te dis vivement que le lycée arrive ça ira mieux. Et le lycée arrive tu découvres les joies du harcèlement scolaire, période où tu n’es pas stable dans ton corps dans ton esprit où tu te cherches période difficile l’adolescence. L’appel au secours peut être visible ou non, j’ai arrêté de m’alimenter je pense que c’était assez clair, pourtant rien c’est produit. Première sortie, première soirée et trop d’alcool un seul souvenir on m’a fait monter dans une voiture avec des garçons et une fille que je connaissais depuis peu… aucun mais aucun souvenir le trou noir quoi. Un an après à 16 ans premier copain, première fois et là bim annoncer à son amoureux de l’époque de manière très gênante «  Euh j’ai pas l’impression que ce soit la première fois que j’ai un rapport » bref je lance cette punchline en me disant non mais ça doit être dans ma tête, puis commence la première cystite… ne pas oser le dire à ma mère de peur de…. (Je ne sais pas) bref une bonne fièvre un dimanche des douleurs dans le ventre dans le dos…. Petite visite à l’hosto et hop  un médoc et on en parle plus… sauf que le « on en parle plus » est passé à 14 années d’enfer. Je vous évite le passage de la violence verbale ou physique de mon petit copain de l’époque (une gifle et de l’humiliation une fois de temps en temps) pour certains des broutilles.

NON, NON ET NON arrêtons de minimiser la violence.

Dorine

J’avance d’un bon saut dans le temps à 22 ans agression sexuel dans un bar et pourtant  j’avais bien dis non, repoussé l’individu mais voilà quelques secondes et puis tout s’écroule, la violence de trop celle qui m’a fait sentir ce dégout en moi, que j’étais sale, que c’était ma faute, que même peut être je le méritais et cette sensation la même que je ressentais chez mes grands-parents quand j’étais plus jeune étrange non ? Bref on en parle a ses parents à sa famille et revoilà la violence verbale celle où on te dit «  ça va t’étais pas vierge », « t’avais pas qu’à t’habiller trop court «, « t’exagères tu ne peux pas dire que c’était un viol », « ouais mais c’est parce que t’es jolie »…. Je mets ça de côté j’essaie de digérer, je continue à faire des cystites tout le temps à chaque rapport mais je me dis c’est moi je dois avoir un problème d’hygiène tous les médecins que je vois me le dise, je dois mal me laver… beurk je suis vraiment sale ???? Je ne comprends pas pourtant je me lave.

Bref à l’époque je m’interroge un peu aussi suite à ces multiples agressions, j’en parle à la femme la plus proche de moi ma mère et le braquage total, limite j’ai un grain ça va pas de dire que peut être quelqu’un dans la famille t’a agressé étant jeune. Cette conversation s’est vraiment, vraiment mal finie, alors je fais quoi je ferme ma gueule comme je l’ai toujours fait.

Tabou

Je me retrouve donc dans une errance médicale jusqu’à aujourd’hui ou l’on remet en cause mon hygiène… ouais enfin bon ça va à 29 ans d’entendre toujours le même discours je sais me laver, je sais m’essuyer oui je bois peut être pas assez d’eau mais quand même.

Un nouvel espoir :

Trois ans que j’avais décidé d’être seule sans cystite du moins je n’avais pas l’impression mais avec une sensation de gêne qui ne me quitter plus depuis mes 16 ans. Elle était devenue ma copine de soirée, elle me suivait sur les bancs de la fac, durant mes études d’aide-soignante, le matin, le midi, le soir. Ca faisait partie de moi. C’était moi je n’étais plus Dorine, j’étais la douleur, j’avais essayé de mettre des mots sur les maux mais en vrai j’étais dans la résilience et j’avais abandonné mon corps de toute façon à quoi bon. De toute façon personne voudra vivre avec quelqu’un comme moi voilà j’avais déjà plié bagage, j’étais devenu depuis longtemps le spectateur de ma vie et je laissais tout glisser sur moi, les armes rangées dans un coffre j’attendais en me disant un jour ça ira mieux.

Et pourtant non : Et oui, cet été je rencontre mon amoureux tient tient celui avec qui tu te dis humm je ferai bien le chemin avec toi si t’es ok, celui avec qui tu veux construire plus qu’un château de carte. Bref la vie sexuelle reprend et bim on repart sur les cystites et je ne dis pas 1, 2 ou 3 qui dit mieux : 6 ?? Mesdames et monsieur qui dit mieux aller faite pas les timides ? La bas au fond je vois une dame lever la main aller va pour 7 c’est vendu … Bon je mets un gros frein à main dans un virage a 90, mon corps s’emballe, je fais des tonneaux sur moi-même, il fume, ouïe c’est douloureux tait toi mon corps je t’ai pas demandé de t’exprimer !

Je craque je vais voir un médecin qui lui n’a pas remis en cause mon hygiène et me prescrit une écho pelvienne et me dirige vers un urologue.

Bonjour monsieur l’urologue j’ai des cystites depuis l’âge de 16 ans, ok monuril 6 mois au revoir. Entretient le plus cours de ma vie même au caisse express du supermarché je passe pas aussi vite. Evidemment rechute et début de résistance. Vite j’appelle ce fabuleux monsieur, je scan mes ecbu. Youhou ???? il y a quelqu’un par la ? Vous m’entendez ? à ce jour j’hésite même à faire un avis de recherche pour savoir si il n’a pas disparu. Quel mépris…

Une amie m’interpelle, parle à sa mère qui a une amie qui a une cystite interstitielle,  Oh kezaco ???? Pourtant je suis une as j’ai tout lu tout vu sur internet. He beh non je n’avais pas encore découvert « cystite et compagnie »…je lis je relis je fais lire pour savoir si j’ai compris, je me diagnostique, je réfléchis, je me dis mais c’est un sacré site whaooo, je l’étudie comme un croyant étudierait des ouvrages religieux, je le bois, je le dévore. Au point que mon copain me dise « encore sur ton site ? » oui oui encore et toujours mon chéri je suis plus seule ! Je le lis sur les wc, au travail à la pause, à la queue du supermarché, en cuisinant, le soir au lit et je me lance sur le groupe Facebook, je pose des questions je m’affole, je casse même un peu les pieds surement même. Je demande pleins de chose et me lance pour aller voir de nouveau des docteurs. Je commence par une naturopathe avec qui je revois mon alimentation avec complément alimentaire… oui bon c’est bien mais ensuite ?

On me parle ensuite de prélèvement vaginal. ok ok je vais chez une gynéco qu’on m’a conseillé. Interrogatoire complet, puis plusieurs choses ressortent : trouble alimentaire, constipation, règles douloureuses, saignements et douleurs pendant les rapports et cystites…. Hummm elle me dit avoir travaillé dans la brigade des mineurs ayant vécu des violences sexuelles étant jeune et ce que je lui décris lui fait penser à cela … ok j’avoue je pense que oui j’ai vécu des sales trucs étant enfant, ados et jeune femme…donc elle me dit faut aller voir un psychiatre.

Je continue à chercher j’avance et parle de les gênes voire douleurs quotidiennes sur le groupe. Mary m’oriente sur la piste des contractures pelviennes. Car dans mon mélo drame je me voyais déjà avec un svd. Je saute sur l’annuaire des clés de venus et hop rdv pris. Même type d’interrogatoire pour finir sur le fameux avez-vous vécu des violences étant plus jeune… Bref elle m’examine et là elle touche pile la zone même moi je n’avais pas conscience qu’elle existait pourtant avec le nombre d’ovules que je m’introduis par semaine je pensais presque pouvoir dessiner à main nue ma partie intime que je croyais connaitre à fond. Et bien non t’a tout faux la Dodo t’as pas la science infuse, elle appuie elle masse ça fait mal clairement, elle me dit la douleur est pas dans votre tête elle est réelle vous avez une grosse contracture, elle me dit c’est normal c’est une zone que vous essayez de protéger a tout prix suite aux violence que vous avez vécu. Ah ok mais pourquoi quand j’ai des rapports ça me déclenche la cystite ? elle me répond c’est normal c’est comme si vous subissiez une agression vous contractez encore plus que d’habitude et quand vous urinez vous vider pas entièrement, conclusion sa stagne et ça déclenche l’infection.

Humm que dois-je faire alors : Clairement il faut évacuer cette contracture avec des séances de rééducation deux fois par semaine, si au bout de 8 séances pas de petite amélioration faudra passer au botox ou à l’acide chez un gynéco pour détendre tout cela. Mais et je dis bien mais avant d’en arriver là, je vais vous apprendre à faire des exercices d’étirement tous les soirs et puis il faut compléter tout ça avec un suivi psychologique. Car il y a le mécanique et le psychique. Ok mais j’aurai plus de douleur ? Il y a de grande chance que tout cela s’améliore et que vous aviez peu ou plus du tout de douleur. Je sors de la ravie je fais la danse de la pluie enfin y avait pas besoin car le lundi 11 mai il pleuvait comme vache qui pisse a Aix.  

Je ressors les armes ranger au placard je m’équipe je mets ma côte de maille. J’écris mon plus beau message sur le forum et je me dis ok t’es partis du mauvais pied, t’as pas eu de chance dans la vie mais franchement tu ne mérites pas un tout petit peu de bonheur Dorine ? Tu ne mérites pas de pardonner à ton corps ? Toi aussi tu as le droit de vivre sans la peur d’avoir une cystite. Alors je vais tout faire pour évacuer mes traumatismes en consultant (sage-femme, psychologue, hypnose, urologue, infectiologue et j’en oublie…) car il est important de comprendre la source du problème (son ennemi) pour le combattre cher guerrière.

On ne combat pas à l’aveugle car sinon c’est une bataille perdu d’avance.

Dorine

Mon témoignage est  peut être isolé mais je vous assure qu’il est nécessaire de pardonner certaine chose a son corps et à son esprit, qu’il est temps de se faire du bien. Qu’il faut être patiente, à l’écoute de son corps et qu’il faut du temps au temps, pour comprendre, pour accepter ses maux. Ne vous culpabilisez pas c’est pas votre faute, c’est juste votre corps qui sonne la sonnette d’alarme, et si il y a rechute et bien il y a rechute vous vous relèverez car un combat de perdu n’est pas une bataille de perdue.

Pour finir une phrase d’un poème que j’aime beaucoup de l’écrivain william ernest henley qui dit  » je suis maître de mon destin et capitaine de mon âme« .

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1 réponse

  1. Myriam Gaia dit :

    Témoignage si touchant…. Si vrai…. Si authentique…. Je me retrouve un peu dans ce que tu as vécu… Quel courage et quel dynamisme a ne pas te laisser démonter…. Bravo! Tu es une guerrière de la vie !

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